Jamais Lu : Prise de parole au féminin

par | 4 mai 2015

Par Daphné Bathalon

MonTheatre couvrira cette année quelques lectures du JAMAIS LU 2015, voici un retour sur la soirée d’ouverture du festival.

Et c’est reparti pour neuf jours de prises de parole et de découvertes théâtrales, de soirées, de fins de soirée (et même de quelques matinées et après-midi) colorées et en bonne compagnie. Pépinière de textes tous azimuts, le Jamais Lu est depuis 14 ans une parenthèse bouillante et bourgeonnante de talents dans la saison théâtrale qui s’achève tranquillement. Cette année, cette pause créatrice nous invite à réfléchir collectivement sur ce que représente pour nous la notion d’appartenance, sous le thème « S’appartenir ». La fondatrice en discutait d’ailleurs il y a quelques jours avec ma collègue Gabrielle Brassard (lire l’entrevue ici).

_MG_6417«Rêver
Renommer notre futur
Re-désirer
Notre propre désir d’appartenir
Au moins au monde, au mieux à nous.»

C’est en ces mots que les deux codirecteurs artistiques du 14e Festival du Jamais Lu, Marcelle Dubois et Justin Laramée, ont formulé leur invitation tant au public qu’aux auteurs. Vendredi, en ouverture du festival, huit auteures se posaient ainsi la question: «Qu’est-ce que s’appartenir ici, maintenant, en 2015», dans un spectacle co-créé par Brigitte Haentjens, Anne-Marie Olivier et Marcelle Dubois.

_MG_6288Dans S’appartenir(e), huit femmes, innues, québécoises, acadiennes, canadiennes, dramaturges, poètes ou romancières, se questionnent sur l’appartenance à une terre, à des valeurs, à un sexe,  à une histoire. L’une s’étonne que les femmes, qui composent la moitié de la population mondiale, soit encore perçues et protégées comme une minorité visible. Une autre égrène les listes, des «sept signes que tu as besoin de t’appartenir», des «sept choses que tu dois faire quand tu es encore cute»… La prise de parole est multiple, éclatée, elle part dans toutes les directions, explore même le paysage québécois, s’enfuit souvent du côté de Facebook et de ce besoin d’être valorisée par les autres ou par les mentions « J’aime », le tout dans un joyeux mélange de genres, qui vont du poème au conte urbain en passant par la lettre ouverte au premier ministre et le théâtre. Les lectures se font tantôt délirantes (comme cette invasion de moi liliputiennes qui finissent dévorées par leur contrepartie géante, dans L’ogresse, de Rébecca Déraspe), tantôt touchantes (Lettre au premier ministre, de Véronique Côté) ou finement décalées (Déradicalisation, de Catherine Léger).

_MG_6361La mise en scène est ici réduite à l’essentiel : des chaises, des micros, un musicien et un écran où s’affiche un magnifique paysage glacé, la vue du fleuve depuis Cacouna, village d’enfance d’une scénographe (et sa réponse à la question de l’appartenance).

On cherche un peu le «cri de solidarité et de provocation» dans cette mosaïque de questionnements et de réflexions, puisqu’il s’agit ici avant tout d’une prise de parole féminine plutôt que féministe, de l’affirmation d’une identité et d’une voix au féminin bien plus que d’un spectacle de revendications. En cela, S’appartenir(e), ce recueil de textes d’auteures qui cherchent à se situer par rapport au monde, est le spectacle idéal pour lancer le Jamais Lu,

Le texte du spectacle, déjà présenté au CNA et au Trident, a été publié par Atelier 10.

La soirée d’ouverture a également été l’occasion d’entendre le texte composé par Fanny Britt avec les 279 mots reçus cette année à la campagne de Microdon. Vous pouvez le lire en entier en cliquant ici (format PDF).