Inégales étoiles

par | 24 avril 2013

par Daphné Bathalon

Plus les demi-finales approchent et plus la fébrilité grandit au sein des équipes, qui luttent pour la meilleure place au classement… Il n’y avait cependant aucune tension sur la patinoire lundi soir alors que les joueurs étoiles, choisis par les abonnés de saison, déployaient leur grand talent d’improvisateurs pour ce 23e match des étoiles de la LNI. C’est par un repêchage, quelques minutes avant le début du match, que la composition des équipes a été déterminée. Du côté des étoiles rouges, Benoît Chartier a d’abord opté pour les expérimentés Sophie Caron et François-Étienne Paré avant d’aller repêcher deux jeunes joueurs à la langue bien aiguisée : LeLouis Courchesne et Marie-Soleil Dion. Face à eux, les étoiles bleues de Christian Brisson-Dargis cumulaient aussi expérience et jeunesse avec Frédéric Barbusci, Salomé Corbo, Virginie Fortin et Mathieu Lepage. Place au jeu!

Le hasard a voulu que le match commence par une comparée, pas le meilleur moyen de lancer la partie puisque cela retarde la première confrontation entre les équipes. L’improvisation ayant pour thème Plus d’une fois n’a d’ailleurs pas fait lever la foule, ni du côté des Rouges ni du côté des Bleus. Il a fallu attendre la troisième impro pour que les joueurs sortent l’artillerie lourde dans une impro sans thème, inspirée de la sculpture Les clochards célestes, de Pierre-Yves Anger. Au menu : extraterrestres, expérimentations du FBI et fusillades, une impro baignant dans une ambiance X-Files, dans l’humour… et aussi un peu dans la violence. « Ma moitié de cerveau préférée! » s’est ainsi exclamé Courchesne lorsque sa sœur, incarnée par Corbo, lui a tiré une balle en pleine tête. Courchesne et Lepage se sont ensuite démenés pour remonter le temps dans À rebours. La comparée nous a permis de refaire à l’envers la biographie d’un vieil homme, dont la femme meurt avant de tomber malade puis d’apprendre qu’elle a le cancer (vous suivez?), et de remonter le fil d’une relation amoureuse éphémère.

Crédit photo: Andréanne Lebel (http://bouclemagazine.com)

Crédit photo: Andréanne Lebel (bouclemagazine.com)

La deuxième période s’est amorcée sur une longue improvisation de 20 minutes, Les pieds dans la garnotte (sympathique clin d’oeil à la pièce Les mains dans la gravelle, de Simon Boulerice, présentée à la Maison Théâtre ces jours-ci). L’improvisation « à la manière de Réjean Ducharme » a été servie par une belle mise en place de Corbo et de Dion. Orphe et Line Desroches, deux sœurs pleines de rêves mais seules au monde, apprivoisent les pierres de leur cour, apprenant à les reconnaître pour mieux les classer. Tandis qu’elles se questionnent sur des grains de sable qui ne mènent pas à la mère qu’elles ont perdue, une étrange menace, sous les traits d’une magnat du trust de la gravelle, plane sur leur tête. La longue impro a permis aux joueurs de faire naître une belle poésie. Malheureusement, certains joueurs se sont inutilement ajoutés en cours d’impro, ce qui a rendu la proposition plutôt confuse. Par ailleurs, tous les joueurs ne sont pas sortis indemnes de l’impro : François-Étienne Paré a fait une douloureuse chute hors de la patinoire. La période s’est néanmoins poursuivie sur une belle lancée avec des comparées plus punchées et une « sans thème » qui nous a fait voyager, littéralement par magie, jusqu’à Cancun. Les étoiles bleues ont dominé cette période en prenant les devants avec un pointage de 5 à 2.

Pendant la mi-temps, Paré est venu rassurer un public inquiet : malgré une blessure « au haut du corps », il restait dans le match! Et heureusement, car, fidèle à son habitude, ce grand joueur a fort bien mené plusieurs impros. En troisième période, les joueurs ont laissé voir quelques signes d’essoufflement. Après une excellente première comparée pour les Rouges, les deux équipes sont retombées dans les impros confortables, genre « histoires de couples » : payant mais peu surprenant. Dommage, car la première comparée de la période, sous le thème De grandes aspirations, avait été finement pilotée par Courchesne, soutenu par toute son équipe. Les Rouges se sont d’ailleurs montrés plus combatifs en fin de match. Leur remontée fulgurante les a menés en prolongation pour une ultime comparée, qui n’a hélas pas particulièrement brillé ni d’un côté ni de l’autre de la patinoire. Les Rouges ont finalement remporté la partie avec un pointage final de 6-5.

Corbo et Dion ont toutes deux été récompensées pour leurs propositions de personnages (et plus sûrement pour l’impro à la Ducharme) par, respectivement, la troisième et la première étoile du match. En habitué des récompenses, Courchesne s’est quant à lui glissé entre les deux joueuses pour décrocher la deuxième étoile. Retour à la saison régulière dès lundi prochain, et rendez-vous pour la finale le dimanche 12 mai, 15 h!

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Daphné Bathalon

A propos Daphné Bathalon

Diplômée de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil critique et dramaturgie), Daphné Bathalon a été mise en contact tout au long de ses études avec divers types de spectacles vivants. Elle a ainsi pu explorer plusieurs facettes de la représentation. Plus particulièrement intéressée par le théâtre pour enfants, le cirque, l’improvisation et tout objet théâtral explorant la richesse de langue française et des arts visuels, Daphné souffre également de ce qu’on pourrait appeler un appétit insatiable pour les créations éclatées et le théâtre shakespearien (aucun lien!). Critique pour MonThéâtre depuis 2008, Daphné a aussi publié quelques textes dans la revue Jeu. Depuis quelques années, sa couverture théâtrale pour MonThéâtre s’est étendue aux festivals de théâtre à Montréal et à l’étranger. Elle est devenue membre de l’Association des critiques de théâtre du Québec en 2011.