Il y a 400 ans… Shakespeare

par | 1 juin 2016

Par Daphné Bathalon

Qu’on fasse partie des sceptiques qui remettent en question l’identité réelle de l’auteur de l’œuvre qu’on attribue à Shakespeare, ou qu’on fasse partie de ses inconditionnels spectateurs courant toutes les productions shakespeariennes, il aura été difficile d’ignorer que 2016 marquait le 400e anniversaire de la mort de l’auteur britannique sans doute le plus connu et joué dans le monde, encore aujourd’hui. Plusieurs événements ont souligné ou souligneront l’anniversaire en Angleterre cette année, dont The Complete Walk, une balade thématique de quatre kilomètres le long de la Tamise, entre le pont Westminster et le Tower Bridge, et The Shakespeare Show, présenté dans la ville même qui l’a vu naître, Stratford-upon-Avon.

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Le spectacle, capté au théâtre de la Royal Shakespeare Company, et réunissant une kyrielle de vedettes et d’artistes, essentiellement britanniques, ayant travaillé avec les textes et les histoires du Grand Will, était diffusé dans certains cinémas canadiens le jeudi 26 mai (en représentation supplémentaire le dimanche 5 juin à 12h55). Parmi les noms à l’affiche, les deux animateurs de la soirée, David Tennant et Catherine Tate, les grands acteurs Ian McKellen, Helen Mirren, Judi Bench, Joseph Fiennes, David Suchet (Poirot!) et… le chanteur Rufus Wainwright. Quelques noms supplémentaires avaient été annoncés, et s’affichent toujours sur le programme, mais ne se retrouvent pas dans le spectacle vu au cinéma. Parmi la foule aussi, quelques têtes connues, dont celle du prince Charles en personne, président de la Royal Shakespeare Company.

Conçu et réalisé par Gregory Doran, un metteur en scène britannique et un habitué du théâtre shakespearien, The Shakespeare Show se veut une grande célébration du génie créatif de l’auteur, de sa grande connaissance de la nature humaine et, surtout, de son influence considérable sur la culture à travers les siècles. Comme pour bien souligner la diversité des sphères culturelles et des artistes marqués par l’œuvre de Shakespeare, le spectacle s’est ouvert sur un extrait de la comédie musicale West Side Story, en version orchestrale, une ouverture haute en couleur et qui annonçait un déferlement d’énergie et d’électricité qui ne s’est malheureusement produit qu’à l’occasion, lors de certains numéros. De nombreux montages et changements de décor nuisent en effet au rythme de l’ensemble. Avait-on vraiment besoin de transposer les décors parfois très imposants des différents extraits de spectacles présentés? Les transitions, très figées et factuelles, des autrement excellents animateurs Tennant et Tate, brisaient par moments l’élan tout juste gagné. De fait, le metteur en scène a pris la décision d’aller jucher ses animateurs dans une loge, les tenant à l’écart du spectacle lui-même.

En dehors de ces quelques faiblesses, The Shakespeare Show est une vitrine impressionnante du talent d’aujourd’hui et de la profonde influence dramatique de Shakespeare. Découpé en blocs, le spectacle nous promène entre théâtre, danse, chant lyrique et musique orchestrale (le superbe Orchestra of the Swan et le Youth Jazz Orchestra). Dans la majestueuse salle de ce théâtre du 19e siècle, magnifiquement restauré il y a quelques années, le spectacle en offre pour tous les goûts et de toutes les couleurs, donnant une bonne idée de la polyvalence de l’auteur, dont la plume aura autant servi le drame historique que les grandes tragédies et les comédies amoureuses. Doran a eu la bonne idée de construire cet hommage autour des textes et de la vie de l’auteur, en procédant de façon chronologique. Si les capsules historiques tournées dans Stratford-upon-Avon et mettant en vedette Joseph Fiennes brisent un peu le rythme, elles ont le mérite d’être pertinentes et intéressantes en donnant quelques dates et repères biographiques. Les chansons inspirées par les histoires de Shakeaspeare auraient quant à elles gagné en intérêt si elles avaient été interprétées sur scène plutôt que projetées sur grand écran.

De As you like it à The Tempest en passant par Antony and Cleopatra, Hamlet et The Midsummer night’s dream,  sans oublier la célèbre histoire des amoureux de Vérone, Romeo and Juliet, l’éventail de pièces a donné à voir quelques excellents numéros, dont le plus remarquable est sans doute cet extrait du ballet Roméo et Juliette de Prokofiev, par Yasmine Nagdhi et Matthew Ball (The Royal Ballet). Une danse aérienne et gracieuse qui fait rêver. Aussi notables, la leçon de théâtre donnée par un Sir Ian McKellen en grande forme et l’interprétation musicale du Sonnet 29 par Rufus Wainwright, qui s’est mérité les premiers longs applaudissements de la soirée. Le couple Macbeth, incarné par Rory Kinnear et Anne-Marie Duff, a également emporté l’adhésion du public, tandis que les chanteurs lyriques de Beatrice and Benedict, un opéra de Berlioz, en ont surpris plus d’un dans la salle. Quelles voix!

Les amoureux du Grand Will prendront certainement plaisir à voir ou à réentendre leurs textes préférés dans ce spectacle éclectique, certes inégal, mais satisfaisant dans son ensemble.

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A propos Daphné Bathalon

Diplômée de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil critique et dramaturgie), Daphné Bathalon a été mise en contact tout au long de ses études avec divers types de spectacles vivants. Elle a ainsi pu explorer plusieurs facettes de la représentation. Plus particulièrement intéressée par le théâtre pour enfants, le cirque, l’improvisation et tout objet théâtral explorant la richesse de langue française et des arts visuels, Daphné souffre également de ce qu’on pourrait appeler un appétit insatiable pour les créations éclatées et le théâtre shakespearien (aucun lien!). Critique pour MonThéâtre depuis 2008, Daphné a aussi publié quelques textes dans la revue Jeu. Depuis quelques années, sa couverture théâtrale pour MonThéâtre s’est étendue aux festivals de théâtre à Montréal et à l’étranger. Elle est devenue membre de l’Association des critiques de théâtre du Québec en 2011.