Festival Petits Bonheurs : Mapa, Mokatek et l’étoile disparue, Ulysse et Pénélope

par | 7 mai 2018

Mapa

Pour amorcer le volet montréalais de cette édition des Petits bonheurs, le Théâtre des Petites Âme nous invite à un attachant Mapa à la Maison de la culture Maisonneuve.

Récemment, la compagnie avait proposé Ogo, une production grandement appréciée par le public et la critique. Conçue par Isabelle Payant avec la collaboration de Stéphane Heine et d’Anne Lalancette, la nouvelle proposition poursuit dans la même lignée. Pendant un peu plus d’une demi-heure, elle nous entraîne dans un monde de découvertes sensorielles.

Le titre vient du prénom du personnage incarné par Isabelle Payant, une « recouseuse » qui cherche à loger des individus marginaux en leur dénichant une maison en harmonie avec leurs attentes et désirs. Avant le début de la représentation, la comédienne nous accueille avec sa robe et son chapeau légèrement défraîchis et nous aide à pendre place. Les lumières s’éteignent; une douce chanson écrite par Payant, accompagnée d’une musique mélancolique, cajole les oreilles.

Entourée de constructions de maison de diverses grandeurs, l’héroïne espère apporter de la joie et communiquer un sentiment d’enracinement et d’appartenance à ses nouvelles connaissances. Une première créature à la fois étrange et sympathique, Tourbillon, apparaît. Certains enfants soulignent de vive voix sa présence à Mapa avant que celle-ci ne le voie. S’exprimant dans un langage inaudible, son compagnon suscite le rire, avant de s’esquiver trop rapidement. L’action prend davantage son envol au moment où un second spécimen, ressemblant à un mollusque et reconnaissable avec son regard triste, vient à la rencontre de Mapa qui tente de lui trouver une demeure à sa mesure. Or, ses nombreux efforts n’aboutissent pas, avant qu’un compagnon (Stéphane Heine) ne lui vienne en aide.

En plus d’Ogo (également à l’affiche de cette édition des Petits bonheurs), la compagnie avait présenté une autre production aussi imaginative (Pomme). Mapa s’inscrit dans une continuité par son traitement habile des objets (l’arrivée magnifique de l’un des personnages dans un bout de tissu blanc) et ses jeux d’ombres, mais se démarque également par une plus grande place accordée à la parole et à un récit plus narratif. Les thèmes (le besoin de trouver sa place, la dualité entre l’ancrage dans un milieu précis et le besoin de découvertes) sont abordés avec délicatesse. Avec Mapa, le Théâtre des Petites Âmes continue de se construire une niche bien à elle dans le répertoire jeune public.

4 mai 2018
Maison de la culture Maisonneuve


Mokatek et l’étoile disparue

Coproduction des compagnies Ondinnok et Vox Théâtre, la pièce Mokatek et l’étoile disparue conjugue des traditions et langues amérindiennes à une quête d’aventures initiatiques à la Maison de la culture Maisonneuve.

Le titre fait référence à un petit garçon, orphelin de mère, qui aime compter les étoiles tous les soirs avant de s’endormir. Écrite et interprétée par Dave Jenniss, l’histoire a d’abord été présentée en première mondiale au Cabaret La Basoche à Gatineau. Pendant 35 minutes, elle nous entraîne dans les péripéties vécues par le gentil personnage qui tente de retrouver l’étoile du Nord mystérieusement disparue du ciel la nuit du solstice d’été. Mokatek côtoie d’abord un corbeau (Kahkakuhs), qui devient une sorte de protecteur pour lui. Par la suite, il rencontre un second allié en un poisson (un vaillant esturgeon prénommé Pasokos) qui lui permet de se déplacer dans les eaux (effet sonore réussi). Il est attiré par un animal poilu qui pourrait à priori être un prédateur dangereux, l’ours (Muwin), mais qui lui donne envie de poursuivre ses recherches. Survient une quatrième relation avec le caribou Mokalip, le protecteur du territoire et le gardien de l’étoile.

Le public, particulièrement les enfants de 2 ½ à 6 ans, est invité à se déchausser avant d’entrer sous une grande tente. Il est réparti ensuite en quatre groupes distincts; ce nombre symbolise autant les saisons, les points cardinaux et les quatre éléments (le feu, l’eau, la terre et l’air). Dave Jenniss est accompagné d’une chanteuse-comédienne à la voix réconfortante, Élise Boucher-DeGonzague. Celle-ci joue autant de la flûte que du tambour chamanique. Ce dernier instrument de musique se retrouve par la suite suspendu dans les airs pour symboliser la pleine lune.

Ondinnok nous avait proposé précédemment des œuvres scéniques pertinentes comme la critique sociale Wulustek (d’après un texte de Jenniss) tandis que Vox Théâtre s’était démarqué avec Les Grands-mères mortes, une fête. Leur rencontre avec Motatek permet de concilier le respect de l’environnement au thème de l’altérité. Souvent dans la douceur, le traitement scénique se caractérise par certaines trouvailles, notamment autour du travail de marionnettes. Manipulé par Jenniss, le protagoniste à la chevelure foncée apporte beaucoup d’intérêt à l’ensemble. Un moment particulièrement fort retient l’attention, lorsque ce petit bonhomme tremble véritablement de peur. Juste pour cette séquence, Mokatek et l’étoile disparue mérite de nombreux rendez-vous avec les jeunes spectatrices et spectateurs.

5 mai 2018
Maison de la culture Maisonneuve


Ulysse et Pénélope

Compagnie de Chicoutimi qui œuvre dans le monde de la marionnette depuis plus de 40 ans, Le Théâtre Les Amis de Chiffon revisite ici l’un des plus célèbres couples fictifs, toujours à la Maison de la culture Maisonneuve.

La pièce est inspirée d’un livre du même nom (finaliste au prix du Gouverneur général en 2009) écrit par la polyvalente Louise Portal et illustré par Philippe Béha. Elle raconte l’histoire d’un petit garçon prénommé Ulysse, comme le célèbre héros de la mythologie grecque, qui rêve lui aussi de partir en voyage (il compte les jolis  bateaux qui passent sur la mer). Un jour, lors d’une promenade avec sa maman, il trouve une bouteille qui contient le message d’une fille du nom de Pénélope (ici avec une abondante chevelure bleue). Cette découverte l’incite à apprendre à écrire pour devenir un véritable « écribien ».

Pendant près d’une heure, le récit se déroule sur une période où le protagoniste passe de l’enfance à l’âge adulte. Quand le petit Ulysse apparaît derrière une fenêtre ronde, il nous séduit rapidement par sa candeur et son attachement à sa mère. Celle-ci lui donne le goût de la lecture lorsqu’elle sort un grand livre ancien et lui raconte les péripéties d’Ulysse dans l’Odyssée (d’où le choix de son nom), avec la nymphe de la mer Calypso, la magicienne Circé et la cire d’abeille (ce qui amuse le gamin) que les marins glissent dans leurs oreilles pour éviter les chants des sirènes. Si le récit demeure connu, l’humour et la bonne humeur des trois interprètes-manipulateurs (Anne-Louise Imbeau, Marilyne Renaud et Patrick Simard) nous permettent de la redécouvrir sur un ton plus badin.

Quelques séquences plus rythmées, notamment lorsque le garçon se permet quelques déhanchements, ou encore un intermède de musique dance (peu inspiré en comparaison au reste de la conception sonore assez judicieuse de Priscilla Lapointe), permettent à la progression dramatique de rompre avec une linéarité prévisible, mais pas désagréable pour autant.

La compagnie nous avait présenté précédemment la charmante production Une histoire dont le héros est un chameau et dont le sujet est la vie. Dans la présente pièce, il manque toutefois une sorte de magie et d’émerveillement (entre autres par certains choix artistiques moins convaincants). Heureusement, les personnages maintiennent notre intérêt jusqu’au dénouement.

6 et 7 mai 2018
Maison de la culture Maisonneuve

www.petitsbonheurs.ca