Entrevue avec Jaco Van Dormael pour «Cold Blood»

par | 17 février 2016

Par Marie Pâris

okDans le cadre de la dixième édition du Festival Temps d’Images, le réalisateur belge Jaco Van Dormael proposera à l’Usine C le spectacle qu’il a créé avec la chorégraphe Michèle Anne de Mey. Ce ballet de nano-danse s’inscrit dans le même processus que Kiss and Cry, présenté il y a trois ans par le duo belge. Entretien (par Skype) avec un réalisateur qui improvise ses plans de caméra.

(MP) Vous êtes très attendus à l’Usine C ; on parle de vous comme de « grands fidèles » du festival…

(JVD) C’est notre troisième participation à Temps d’Images. On se sent à la maison à l’Usine C, on connaît les loges comme notre poche, on est très amis avec les gens… Et on aime beaucoup le public, très chaleureux, intéressé et curieux.

Que pensez-vous de Montréal ? C’est une ville qui vous inspire ?

J’y trouve beaucoup de choses qui résonnent avec la Belgique, beaucoup de points communs. On est tous des minorités avec un peu la même forme d’humour… Les Québécois comme les Belges essaient de faire des blagues sur eux-mêmes avant que les autres n’en fassent ! Et les Belges sont aussi flyés que les Québécois. On fait des prototypes au cinéma comme au théâtre : face à des voisins géants, il faut faire des choses différentes, des choses que les autres ne font pas.

Comment est né le nano-ballet ?

Le tout premier spectacle, Kiss and Cry, venait d’une volonté de travailler avec Michèle [sa compagne, NDLR]. Le challenge après l’échec du film Mister Nobody, c’était : est-ce qu’il y a moyen de faire un long-métrage sur la table de la cuisine ? De danser avec les mains ? On s’est donc lancés dans cette aventure à deux. C’était un processus très nouveau pour moi.

Comment s’est passée la collaboration avec la chorégraphe ?

On a des processus très différents, mais on apprend beaucoup de choses l’un de l’autre. À l’inverse du cinéma traditionnel où on sait exactement ce qu’on va faire, là on se retrouvait à cinq ou six personnes, sans histoire ou scénario, sans savoir ce qu’on allait faire. Alors que ça se fait beaucoup au théâtre, improviser des plans avec une caméra est très nouveau ; c’est le contraire du processus du cinéma. Et ça aboutit sur un film éphémère, avec une forme de légèreté. On ne trouve l’histoire qu’à la fin, et avant ça on cherche, on essaie des plans, on improvise…

En quoi ce deuxième spectacle est-il différent de Kiss and Cry ?

Pour Cold Blood, on a repris le même processus et la même équipe, mais dans un spectacle très différent. On est dans la narration et pas dans la reproduction de la vérité, du réel. On joue avec des lampes de poche… Mais les décors de ce spectacle-ci sont beaucoup plus réalistes que ceux de Kiss and Cry. Là, on a des maquettes hyper réalistes : le souci du détail a été poussé beaucoup plus loin. Les décors sont éclairés par des toutes petites LED, on dirait qu’ils sont autoéclairés… Ça donne des possibilités étonnantes !

Cold Blood n’a joué qu’en Belgique pour le moment. Comment a-t-il été reçu ?

Les gens ont l’air d’aimer… Mais moi je ne sais jamais si un spectacle ou un film va marcher ni pourquoi il ne marche pas. Quand les gens aiment, je ne sais pas ce qu’ils ont vu dans mon film ! C’est un malentendu, mais un malentendu assez agréable. Là on va jouer Cold Blood en français à Montréal, en anglais à Toronto, en espagnol au Chili… Kiss and Cry a joué 260 fois en 9 langues différentes ; c’est un spectacle qui voyage étonnamment bien.

Vous avez aussi sorti récemment le film Le Tout nouveau Testament, qui connaît un beau succès dans les salles…

Oui, on a fait 290 000 entrées en Belgique ! C’est le troisième meilleur résultat dans le pays depuis qu’on fait des films en français. C’est très agréable d’être reconnu dans son propre pays, ce qui n’est pas toujours le cas. Et ça marche même dans les pays catholiques comme l’Italie ! On est à plus de deux millions d’entrées dans le monde. À l’origine, c’est un film de copains…

Le film a gagné quatre récompenses aux Magritte du Cinéma, mais vous avez aussi été nommé aux Césars. Vos sentiments ?

Oui, je suis nommé avec de bien plus grands réalisateurs que mon 1m72 ! J’ai déjà répété, je vais rester assis et applaudir. Je suis très crédible dans les applaudissements…

Cold Blood, à l’Usine C, du 18 au 21 février 2016