Découvertes en mouvement aux Petits Bonheurs – Parapapel et H2O

par | 11 mai 2014

Par Daphné Bathalon

PARAPAPEL

Le charmant Parapapel, de la compagnie De Molecula, nous arrivait tout droit d’Espagne la semaine dernière. Le temps de trois courtes représentations aux Petits Bonheurs, il a offert une belle introduction à la danse aux tout-petits à partir de 18 mois.

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Photo : © Carlos Herans

Sur scène, les deux interprètes, tout sourire, se meuvent en rythme dans l’espace. Ils découvrent avec ravissement les gestes que peuvent poser leurs mains, leurs pieds : pousser, bercer, flatter, glisser… Ils s’amusent avec une grande feuille de papier, avec les sons qu’elle produit, puis avec leurs voix. Au fil de leurs jeux d’enfants, ils explorent le grand et le petit, le grave et l’aigu, le léger et le lourd, et invitent le jeune public à voir toutes sortes d’objets dans cette grande feuille de papier. Dans leur riche imaginaire, elle se transforme en livre, en papillon, en mouchoir ou en couverture, et éclate finalement en confettis.

Tout est à portée des plus jeunes, chaque concept et perception sonore ou physique est représenté par la danse des interprètes ou par la feuille : le papier déchiré se transforme ainsi en petite tente et en grande montagne, qu’on enjambe ou qu’on écrase d’un simple mouvement, pour illustrer le grand et le petit. Répétés et déclinés sur plusieurs tons, les gestes et les sons se combinent pour favoriser la compréhension des petits. Dans la salle, un mercredi matin, deux groupes entiers de tout-petits ne pipaient mot, totalement fascinés par les jeux visuels et sonores du spectacle.

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Photo : © Carlos Herans

Les interprètes de cette production sont eux-mêmes un grand plaisir à regarder : tandis qu’ils dansent avec leurs corps, leurs visages reflètent un grand nombre d’émotions, en des expressions faciles à identifier pour les tout-petits. Des émotions qui imprègnent aussi les mouvements des danseurs, jusque dans la manipulation, parfois brusque et parfois très douce, de la feuille de papier.

La poésie de Parapapel nous enveloppe comme un cocon confortable, mais le spectacle ne manque pas d’humour pour autant, et on se surprend à sourire à plusieurs reprises tout au long de ces trente minutes bien vite passées.

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Chaussés de grosses bottes de pluie noires, les trois interprètes de H2O achèvent de placer sur scène les seaux et les bocaux autour de ce qui s’apprête à se transformer en véritable terrain de jeu. Au-dessus de leurs têtes, deux blocs de glace fondent, goutte à goutte, en produisant de jolis sons. Ploc, ploc, ploc…

À partir de ce simple son, les trois personnages partent à la découverte de l’eau, des aspects qu’elle adopte et des sons qu’elle produit. Du « ploc » plus aigu sur un bocal en verre au « ploc » plus sourd sur un seau en métal… Et voilà le jeune public embarqué dans une fascinante exploration à thématique aquatique.

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Photo : © Walter G. Breuer

H2O, une production de Helios Theater, n’a pas d’autre langage que celui de l’eau : l’eau qui goutte, qui tinte, qui coule entre les doigts ou à torrents, qui fait de gros bouillons quand on souffle dedans, l’eau qui éclabousse aussi, qui jaillit en fontaine, bout, s’élance en jet ou éclate en millier de particules, l’eau qui fuit et celle qui s’évapore. Les enfants en redemandent, et leur plaisir déborde en même temps que l’eau : « Il va faire un gros dégât! » s’exclame un garçon dans le public en voyant un des comédiens soulever un seau. Ces artistes se permettent sur scène tout ce que les parents interdisent aux enfants pour éviter les débordements!

Tandis que ces grands enfants s’ébattent en déversant de plus en plus d’eau dans le bassin, le spectateur adulte en vient à se demander ce qu’ils feront une fois le bassin bien rempli. Le spectacle surprend alors en glissant du jeu à la contemplation. Bien éclairée, l’eau, soudain calme, se reflète en miroir au plafond et sur un écran. Des petits coups dans l’eau brouillent sa surface, tracent des cercles de plus en plus grands… Et s’engage un jeu d’ombres. Puis l’eau devient mer baignant les pieds d’une ville où des bonshommes éponges naviguent en suivant le courant. Puis, un micro fait entendre au public les différents sons produits par l’eau quand elle jaillit du tuyau, fait des bulles, bout ou s’évapore. De ces sons, on crée une partition.

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Photo: http://areyouhere-areyouthere.blogspot.ca

Lorsqu’à la toute fin du spectacle, on en revient à cette petite goutte qui fait « ploc » en tombant dans l’eau du bassin, c’est tout naturellement que les comédiens invitent les enfants à s’approcher pour toucher le glaçon ou faire à leur tour des bulles dans l’eau avec une paille. Parions que plusieurs d’entre eux auront beaucoup de plaisir à imiter les expériences de H2O à la maison!

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Daphné Bathalon

A propos Daphné Bathalon

Diplômée de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil critique et dramaturgie), Daphné Bathalon a été mise en contact tout au long de ses études avec divers types de spectacles vivants. Elle a ainsi pu explorer plusieurs facettes de la représentation. Plus particulièrement intéressée par le théâtre pour enfants, le cirque, l’improvisation et tout objet théâtral explorant la richesse de langue française et des arts visuels, Daphné souffre également de ce qu’on pourrait appeler un appétit insatiable pour les créations éclatées et le théâtre shakespearien (aucun lien!). Critique pour MonThéâtre depuis 2008, Daphné a aussi publié quelques textes dans la revue Jeu. Depuis quelques années, sa couverture théâtrale pour MonThéâtre s’est étendue aux festivals de théâtre à Montréal et à l’étranger. Elle est devenue membre de l’Association des critiques de théâtre du Québec en 2011.