Critique – Course effrénée autour d’une bobette rose

par | 22 octobre 2018

par Olivier Dumas

Présenté par le Festival de Casteliers hors de sa programmation régulière en matinée familiale au Théâtre Outremont, le spectacle L’Écureuil a volé mes bobettes (créé en 2013 sous le titre Squirrel Stole My Underpants) sait comment séduire les tout-petits comme les plus grands. La compagnie The Gottabees, originaire de Boston aux États-Unis, a reçu un accueil chaleureux de la part du public montréalais.

Pendant les 35 minutes de cette production sans paroles, nous faisons la connaissance d’une jeune fille qui n’a pas froid aux yeux. Chevelure rousse bouclée et énergie qui rappellent entre autres Fifi Brindacier, cette intrépide aventurière est interprétée par Bonnie Duncan. Deux musiciens l’accompagnent sur scène, Brendan Burns et Tony Leva. Dans l’histoire qui nous est présentée, l’héroïne, Sylvie, arrive sur le plateau en portant de lourds sacs blancs à bout de bras. Elle dépose ses vêtements sur une corde à linge (l’action évoque une œuvre récente d’ici, La Mère troll de Jasmine Dubé). Or, surgit tout à coup près d’elle un écureuil malicieux de couleur rouge, une créature qui aime bien se dandiner et qui ose lui voler son vêtement préféré, un sous-vêtement rose de grande taille. Sur un carton, est inscrit en grosses lettres le mot perdu. Or, Sylvie décide de ne pas abdiquer et d’affronter des tempêtes pour retrouver son bien le plus précieux. Fort heureusement, quelques alliés croisent sa route. Dans sa course contre l’écureuil ratoureux, elle croise même brièvement un hibou gris avec une cape…

Si l’histoire se déroule sans mots, elle compte fort heureusement sur une présence sonore constante. À la contrebasse et à la guitare, le duo musical s’en donne à cœur joie et ajoute différentes couleurs à la proposition. Si la juxtaposition de ces deux instruments donne habituellement des airs jazz et manouches (comme c’est parfois le cas ici) traduisant une certaine bonne humeur, ils se permettent à l’occasion des accents plus mélancoliques, notamment lorsque Sylvie s’ennuie de son vêtement. À un instant précis, apparait littéralement une petite bulle au-dessus de sa tête où est illustré en miniature le fameux dessous rose.

Photo Liz Linder

L’intérêt pour la pièce ne flanche jamais, grâce à la prestation énergique et pétillante de l’actrice. Avec ses talents de mime, Duncan sait rendre tous les états d’âme de la gamine au fil de ses péripéties et mésaventures. Autant elle montre sa peur quand le destin s’acharne contre elle, autant elle nous lance quelques clins d’œil avant d’user de stratèges pour atteindre son but. L’une des séquences les plus drôles de la représentation demeure celle où le personnage se retrouve en pleine mer. Juste avant, la salopette trop grande qu’elle porte (son visage illustre alors parfaitement son malaise et sa gêne) se transforme en bateau (soulignons le travail ingénieux de la scénographie). Son combat contre les vagues rebelles s’accompagne d’une gestuelle plus physique près de l’esprit de la danse contemporaine. Malgré sa course contre la montre, la gamine sort tout de suite après un parasol pour jouer brièvement à la dame coquette. En un éclair de seconde, elle redevient la courageuse qui tente plus que tout de récupérer son avoir, jusqu’à l’apparition du mot FIN.

D’autres aspects de L’Écureuil qui volé mes bobettes (comment résister avec un titre aussi rigolo et accrocheur) apportent une dimension plus poétique à l’exécution scénique. Ils intègrent un côté plus « magique », notamment lorsque Sylvie se retrouve devant un support où sont accrochés divers manteaux. La comédienne, en passant son bras droit derrière les vêtements, en agrippe un et nous donne l’impression qu’une seconde personne (ou qu’un deuxième personnage intrigant) lui tient tout à coup compagnie. Sourires et frayeurs garantis! L’art de la marionnette est mis également à contribution, entre autres lorsque l’interprète manipule une version plus petite d’elle-même (avec les mêmes habits).

Après la présentation « officielle » du spectacle, la sympathique Bonnie Duncan a proposé aux spectatrices et spectateurs de miner quelques actions pour nous permettre d’explorer notre côté créateur (chercher notre chandail préféré, boire une tasse du liquide qui nous répugne le plus).

En espérant que les gens de Montréal et du Québec auront à nouveau la chance de s’amuser aussi follement avec L’Écureuil a volé mes bobettes ou toute autre réalisation artistique de The Gottabees.

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A propos Olivier Dumas

Entre la ferveur, la curiosité et l’interrogation, Olivier Dumas veut toujours porter un regard empreint de passion, ludique ou engagé, sur cet art qualifié trop souvent d’éphémère. Il suit le théâtre depuis l’âge de douze ans, il a maintenant presque le triple. C’est en 2004 qu’il prend la parole à CHOQ.FM et la plume au Montréal Campus pour témoigner de son amour indéfectible pour les arts de la scène. À MonTheatre.qc.ca, il souhaite poursuivre son désir de s’émouvoir, de critiquer sans complaisance et d’approfondir l’un des derniers lieux susceptibles d’extirper l’humain de ses certitudes, de ses zones de confort. Journaliste, recherchiste, futur archiviste et bête curieuse de tout, Olivier croit au pouvoir rédempteur de l’art dans une société trop souvent dégueulasse pour les âmes sensibles.