Coup d’oeil sur Dramaturgies en dialogue 2012

par | 13 septembre 2012

par Sara Fauteux

Depuis 2009, le Centre d’Études des Auteurs Dramatiques présente chaque automne des lectures de textes d’ici et d’ailleurs dans le cadre de l’évènement Dramaturgies en Dialogue. Cette année, on a pu y entendre trois textes allemands ainsi que cinq textes d’ici et un texte du Canada français.

Quelques petites explications, d’abord, sur la lecture de textes. Même si celles-ci se déroulent sur la scène, on ne peut parler ici de « mises en scène ». La plupart des textes sont lus au lutrin, les accessoires et les gestes sont absents ou très réduits ; on parle ainsi de « mise en lecture » puisqu’un metteur en scène se charge tout de même de diriger les comédiens dans leurs intentions, installant des silences, imposant un volume, le tout dans le but de faire entendre les mots le plus clairement possible. La sobriété d’une mise en lecture nous permet ainsi de jouir des mots et des acteurs mis à nu.

N’ayant pas eu l’occasion d’assister à toutes les lectures, je parlerai ici de deux d’entre elles m’ayant fait le plus d’effet. En premier lieu, Les Champs Pétrolifères de Guillaume Lagarde dans une mise en lecture de Patrice Dubois. Présenté de manière éclairée par le conseiller dramaturgique Paul Lefebvre comme un auteur aux influences multiples et inusitées, Guillaume Lagarde propose une langue et un univers qui surprend et renouvèle le ton de la dramaturgie québécoise.

Dans Les Champs Pétrolières, une jeune fille est recueillie par une famille où règne une dynamique étrange. Alors que seul le fils s’intéresse d’abord à elle, la jeune punk devient rapidement un objet de convoitise pour tous les membres de la famille. Le malaise qui règne dans cette maison de banlieue est proche de celui qu’on retrouve dans le film Dogville de Lars Von Trier. Bien que l’humour savoureux du texte de Lagarde soit un peu trop appuyé dans la direction d’acteurs de cette lecture et qu’on sente encore quelques maladresses dans l’écriture, voilà un premier texte surprenant de la part de cet auteur dont on attend les prochaines œuvres avec impatience.

Samedi après-midi, Jean Marchand lisait Katarakt, un texte du dramaturge allemand Rainald Goetz mis en lecture par Christian Lapointe.  Goetz est bien connu pour ses textes denses, qui allient une recherche sur la langue et les sonorités ainsi qu’une réflexion riche sur le monde contemporain. Selon le style de l’auteur, la trame de Katarakt est difficile à suivre tant la musicalité des mots et la recherche formelle prend le dessus. Dans sa mise en lecture, Lapointe utilise une caméra qui projette le visage de Marchand sur une toile. Le dispositif est intéressant et l’effet est magnifique, mais crée un filtre entre les mots, le public et le comédien qui rend encore plus difficile l’écoute de ce texte énigmatique.

En plus de lectures de textes, l’évènement Dramaturgies en Dialogues est aussi l’occasion d’assister à des tables rondes, des ateliers et des discussions sur différents sujets qui interpellent la communauté théâtrale montréalaise. Cette année, le CEAD proposait des discussions autour de traduction et d’adaptation de textes en langue étrangère ainsi qu’un atelier de traduction en direct. Vendredi après-midi, une discussion autour des pièces du style road movie avait lieu avec les auteurs Sarah Berthiaume et Gilles Poulin-Denis et le metteur en scène Armel Roussel. Samedi, Jessie Mill et Paul Lefebvre animaient une passionnante table ronde sur la fonction et la nécessité du métier de dramaturg au Québec.

Dramaturgies en Dialogue est un moment fort de la rentrée théâtrale. Si vous n’y étiez pas cette année, ne manquez pas les prochaines éditions de cet évènement festif et stimulant qui propose en toute simplicité l’occasion de discuter et d’échanger avec des créateurs et des amateurs de théâtre d’ici et d’ailleurs.