[Complètement Cirque] Vice & Vertu : vivre l’histoire

par | 19 juillet 2017

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Les 7 doigts de la main ne manquent ni d’ambition ni de vision avec leur nouvelle création, présentée à MONTRÉAL COMPLÈTEMENT CIRQUE sous la bannière du 375e de Montréal.

Avec Vice & Vertu, la compagnie mondialement reconnue investit tous les étages de la Société des arts technologiques, sur la Main, et invite le public à vivre l’histoire du Red Light montréalais des années 1940-50. Une époque où les criminels régnaient en maître sur les tripots, clubs et cabarets et où la police elle-même succombait aux vices…

Crédit photo Chantal Lévesque

La production immersive se découpe en trois parties principales et explore l’univers à la fois sombre et scintillant du Montréal cosmopolite. Y fourmillent ouvriers, suffragettes, prostituées, policiers, journalistes, religieux, mais aussi figures historiques, de Pax Plante au maire Drapeau, en passant par les personnalités fortes de Lili St-Cyr et de Léa Roback. Toute cette faune se glisse parmi le public, venue costumée, dans un joyeux mélange qui efface allègrement les frontières de la représentation. Catapultés au centre même de l’action, les spectateurs doivent eux aussi virevolter d’un côté puis de l’autre pour ne rien manquer des tableaux.

On retrouve avec plaisir dans cette production ce qu’on imagine avoir été l’atmosphère de l’époque, et on se laisse emporter par les décors, les costumes et surtout, l’excellente musique de l’orchestre mené par Jean-Sébastien Leblanc. Au milieu des néons du Red Light et dans les salles enfumées et chaudes des speakeasys, la voix magnifique de Betty Bonifassi vient également (encore trop peu!) bercer notre soirée rythmée par les harangues publiques, tantôt celles de religieux en appelant à notre foi chrétienne pour lutter contre l’indécence morale, tantôt celles de femmes déterminées à obtenir le droit de vote, tantôt encore celles de filles dites de « petite vertu » usant de leur corps pour briller.

Crédit photo Marion Bellin

Malgré les espaces plus restreints (et les plafonds parfois bas), les artistes de la troupe offrent d’excellentes performances tout au long de la soirée. La production mise sur les forces des 7 doigts de la main avec notamment des numéros d’équilibrisme et de main à main dont on ne peut détacher ses yeux une seule seconde. C’est à l’extérieur de la SAT qu’on assiste à deux des numéros les plus réussis, l’un mettant en scène un jeune couple de Chinois fraîchement immigrés et l’autre un homme désespéré, à l’esprit confus et plein d’idées noires.

En intérieur, la proximité avec les artistes offre une immersion chaleureuse dans l’histoire de Montréal. Cependant, plusieurs numéros se déroulent au milieu de la foule, sans espace surélevé, ce qui gâche la vue à une bonne partie du public, qui ne peut voir les artistes s’exécuter, à moins de jouer du coude et de se faufiler aux premiers rangs. C’est particulièrement le cas au rez-de-chaussée de la SAT, où plusieurs n’ont rien pu voir des tableaux entre policiers ou de la bagarre de bar. À l’inverse, sous le dôme de la SAT, l’univers vient envelopper le public qui peut, en levant les yeux, admirer les projections représentant la ville, et des acrobaties aériennes pleines de tendresse et de douceur (barre, mât chinois, cerceau). Un des moments forts de la production.

Crédit photo Marion Bellin

Quelques longueurs viennent aussi miner le rythme de la soirée, qui prend un moment à décoller. Certaines scènes mettant en vedette les suffragettes répètent ainsi des propos déjà abordés, s’attardent sans vraiment faire progresser l’intrigue, alors qu’en quelques mots et acrobaties, en début de soirée, la situation politique et sociale difficile de l’époque avait déjà été présentée efficacement et de belle manière.

Heureusement, tant Vice & Vertu que ses interprètes, plus d’une trentaine, débordent de charme et font vite oublier ces légères faiblesses. Il faut par ailleurs saluer l’audace de la compagnie, son ingéniosité et sa créativité dans cette nouvelle création, dont le rapport au public change complètement de ce qu’on a l’habitude de voir en cirque. Vice & Vertu, pour vivre l’histoire comme si vous y étiez!

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Daphné Bathalon

A propos Daphné Bathalon

Diplômée de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil critique et dramaturgie), Daphné Bathalon a été mise en contact tout au long de ses études avec divers types de spectacles vivants. Elle a ainsi pu explorer plusieurs facettes de la représentation. Plus particulièrement intéressée par le théâtre pour enfants, le cirque, l’improvisation et tout objet théâtral explorant la richesse de langue française et des arts visuels, Daphné souffre également de ce qu’on pourrait appeler un appétit insatiable pour les créations éclatées et le théâtre shakespearien (aucun lien!). Critique pour MonThéâtre depuis 2008, Daphné a aussi publié quelques textes dans la revue Jeu. Depuis quelques années, sa couverture théâtrale pour MonThéâtre s’est étendue aux festivals de théâtre à Montréal et à l’étranger. Elle est devenue membre de l’Association des critiques de théâtre du Québec en 2011.