[Complètement Cirque] Tabarnak : Un sacré bon spectacle

par | 11 juillet 2017

Plus de deux ans après leur dernière création (Barbu foire électro trad), le Cirque Alfonse ouvrait jeudi dernier le Festival Montréal Complètement Cirque à la TOHU avec un spectacle intitulé Tabarnak. Connaissant le talent de la troupe, on pouvait s’attendre à tout… et au meilleur. Et c’est au meilleur qu’ont eu droit les spectateurs!

Tabarnak est une proposition franche et aboutie, assumant jusqu’à ses imperfections parce qu’elles font partie de ce qui définit la vie, la famille et l’expression artistique. Le spectacle affiche surtout une joie de vivre irrésistible « à la québécoise » qui fait plaisir aussi bien au cœur qu’à l’âme.

Inspiré par le goût des Québécois pour le rassemblement et la célébration, le Cirque Alfonse a imaginé un lieu de fête où le caractère sacré de l’église et de l’élite ecclésiastique d’autrefois se transforme en un espace ouvert sur l’autre. L’esprit de famille de la compagnie sous-tend chacun des numéros de Tabarnak, transparaissant ici et là, l’instant d’un regard de confiance ou d’un petit geste de félicitations. La rencontre entre religieux et jeu se fait donc dans le bonheur, avec chant, danse, musique et beaucoup d’humour.

Photo prise durant la conférence de presse – crédit photo Chantal Lévesque

Grand vitrail, encensoirs, bancs d’église, chaire, cloches, vêtements à l’aspect liturgique, et même figure du Christ… le spectacle fait de jolis clins d’œil à l’Église, la taquinant à l’occasion, mais s’attachant surtout à célébrer l’esprit de communauté, la joie d’être ensemble. D’autres éléments rappellent quant à eux nos racines : entre raquettes en babouche, skis de fond, jeux de poches et, évidemment, bâtons de hockey. Les messes qui ouvrent le spectacle apparaissent ainsi aussi sacrées à nos yeux que l’était la religion à une époque : l’hymne national à l’orgue lance la fête, un numéro de podorythmie (tapage de pied) et un encan donnent le ton, haletant, au reste du spectacle.

Fidèles à eux-mêmes, les membres de la troupe (auxquels s’ajoutent Nikolas Pulka et Jean-Philippe Cuerrier) nous offrent des numéros tricotés serrés lors desquels le public, sur le bout de son siège, a les yeux rivés sur les corps en mouvement tant le risque de blessure semble élevé. L’excellente musique aux accents trad composée par David Simard accompagne à merveille les différents tableaux tout au long du spectacle, se taisant parfois révérencieusement. Les acrobates donnent également à entendre leurs belles voix, parfois en faisant des acrobaties, et réalisent quelques prouesses d’équilibre impressionnantes. La danse en ligne à roulettes ouvre la ronde des numéros relevés et originaux, bientôt suivis d’un beau tableau au mât chinois et d’étonnantes pyramides humaines. C’est cependant un tableau tout en simplicité qui ravit le plus les yeux alors que trois acrobates tournent sur eux-mêmes à vive allure pendant de longues minutes dans des robes de laine colorées. Un moment fort, et sans doute celui où la communion entre artistes et public a été la plus grande. Par comparaison, le tableau à la barre russe a paru plus faible ; l’ajout de fouets claquant à quelques centimètres des têtes des artistes, s’il donnait quelques serrements d’estomac, n’était pas particulièrement nécessaire.

Cette nouvelle création du Cirque Alfonse se conclut sur un tableau de balançoire russe festif, à l’image de l’ensemble de la production, qui donne envie de lâcher un juron d’appréciation, le sourire aux lèvres. La messe est dite, courez voir Tabarnak!

Photo prise durant la conférence de presse – crédit photo Chantal Lévesque

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Daphné Bathalon

A propos Daphné Bathalon

Diplômée de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil critique et dramaturgie), Daphné Bathalon a été mise en contact tout au long de ses études avec divers types de spectacles vivants. Elle a ainsi pu explorer plusieurs facettes de la représentation. Plus particulièrement intéressée par le théâtre pour enfants, le cirque, l’improvisation et tout objet théâtral explorant la richesse de langue française et des arts visuels, Daphné souffre également de ce qu’on pourrait appeler un appétit insatiable pour les créations éclatées et le théâtre shakespearien (aucun lien!). Critique pour MonThéâtre depuis 2008, Daphné a aussi publié quelques textes dans la revue Jeu. Depuis quelques années, sa couverture théâtrale pour MonThéâtre s’est étendue aux festivals de théâtre à Montréal et à l’étranger. Elle est devenue membre de l’Association des critiques de théâtre du Québec en 2011.