Cinquième anniversaire des Écuries : bilan et avenir

par | 1 novembre 2016

Par Gabrielle Brassard

Cette année fête les cinq années d’existence du Théâtre Aux Écuries, centre de création en plein cœur de Villeray. Sa mise sur pied était tout un pari, qui a été relevé, et qui devra continuer de l’être, avec ses nombreux défis et enjeux. Entrevue avec Nini Bélanger, du Projet Mû, nouvelle compagnie en résidence.

À sa naissance, Théâtre Aux Écuries, fondé notamment par les compagnies émergentes de l’époque (Théâtre de la Pire Espèce, L’ACTIVITÉ, Festival du Jamais Lu, Théâtre du Grand Jour, Théâtre I.N.K., Magnifique Théâtre et Théâtre les Porteuses d’Aromates), se voulait un endroit de recherche, de création qui se distinguerait des théâtres institutionnels et offrirait un endroit original aux compagnies théâtrales.

Nini Bélanger

Nini Bélanger, crédit photo Manon Cousin

Cinq ans plus tard, le pari a-t-il été relevé? « Je pense que oui, mais qu’on veut (le) relever de plus en plus, explique Bélanger. Ce n’est pas un projet simple (on parle de neuf directeurs artistiques en même temps), mais j’ai rejoint les Écuries parce que c’est un centre de recherche et de création, et ça, il n’y en a pas à Montréal, en théâtre ». Elle explique que, contrairement aux théâtres qui accueillent des compagnies en résidence, comme c’est le cas, par exemple, du Centre du théâtre d’Aujourd’hui, celles qui intègrent les Écuries n’ont pas l’obligation de produire et de diffuser chaque année. « Aux Écuries, nous avons le choix d’être en recherche ou en production. Ça permet de la recherche beaucoup plus lente, sans la pression et l’obligation de produire », confie la directrice artistique.

Bien sûr, le Théâtre Aux Écuries aimeraient pouvoir accueillir toutes les compagnies qui désirent créer et prendre le temps de faire de la recherche avant de diffuser, mais les moyens financiers, toujours précaires, ne le permettent pas. C’est entre autres pour cette raison que le centre fait en ce moment une campagne de sociofinancement d’un objectif de 5000 $ (qui se terminait le 30 octobre). « Ça ne nous sauvera pas, mais on fait aussi cette campagne pour que les gens comprennent ce qu’on fait, qu’ils aient envie de s’approprier les Écuries, et d’encourager un endroit qui peut aussi être un outil pour tout le milieu théâtral », explique Mme Bélanger. En plus de la campagne participative, l’équipe du Théâtre Aux Écuries travaillera aussi cette année à renouveler ses subventions pour quatre ans, et à faire de la représentation afin d’aller chercher plus de financement. « On veut accueillir plus de compagnies, les accompagner, et vraiment leur permettre de créer à leur rythme, qui est très différent d’une compagnie à l’autre. On voudrait aussi que les générations se rencontrent, pour que le centre ne soit pas juste confiné aux compagnies émergentes », raconte Mme Bélanger.

Se poser des questions

Pour aller de l’avant, l’équipe du Théâtre Aux Écuries réfléchit beaucoup. À comment centraliser l’endroit, à se dire « j’ai envie d’aller aux Écuries pour faire des projets, au lieu que les gens se disent « bon, je dois aller aux Écuries sur la ligne bleue » », raconte Nini Bélanger. Seul théâtre dans Villeray, en plein cœur d’un quartier résidentiel, il faut aller à la rencontre des citoyens, du public, pour que ce dernier connaisse mieux les Écuries et le fréquente. Accueillir des compagnies, faire de la recherche, être impliqué socialement ; un peu comme un adolescent qui a plein d’ambitions et plein d’illusions… « On le fait, mais on réalise aussi qu’on ne peut pas tout faire », témoigne Mme Bélanger. « On veut vraiment remettre la recherche et la création au centre de la mission des Écuries, plus que la diffusion, qui est important aussi, mais qui fait partie de l’ensemble d’un processus. »

auxecuries

Pour la directrice artistique de Projet Mû, qui travaille présentement sur son prochain projet intitulé « Petite Sorcière », intégrer le Théâtre Aux Écuries est bénéfique. « Pour moi, qui ai un rythme de création très lent, c’est super. Je fais des semaines de créations, je rencontre d’autres compagnies, je travaille à faire rayonner le milieu en travaillant avec les autres directeurs artistiques, avec les défis que ça pose. » Celle qui percevait le Théâtre Aux Écuries, avant d’y entrer, comme étant un lieu dédié à la relève (ce qu’il est, mais pas que), et, ensuite, comme une « clique », cherche maintenant à briser ces perceptions. « Pour pas qu’il y ait cet effet, il faut stimuler les rencontres entre différents acteurs du milieu, pour ne pas que ce soit toujours les mêmes compagnies qui soient en résidence », dit-elle.

Ce ne sont pas les chantiers qui manquent au Théâtre Aux Écuries, et le lieu compte bien fêter ses dix ans et travailler, d’ici là, à rayonner encore plus et à se faire connaître, de l’intérieur comme de l’extérieur.