C’est parti pour la 40e saison de la LNI!

par | 6 mars 2018

C’est dans un Club Soda plein à craquer le 19 février dernier que s’est entamée la 40e saison de la Ligue nationale d’improvisation dans un match mettant aux prises les Jaunes Québecor de Delphine Bienvenu et les Bleus de Christian Laurence. Dans la salle, des personnes de tous les âges, beaucoup de jeunes, de familles et surtout de grands amateurs d’impro. Sur scène aussi, des artistes passionnés d’impro, pour certains depuis quelques décennies – Réal Bossé et Sophie Caron cumulent plus de 20 saisons à la LNI.

Pas de grands changements au règlement du tournoi cette année, sinon quelques ajustements comme une table surélevée pour les commentateurs (un grand merci!) et les étoiles du match, qui sont désormais remises à raison d’une par équipe, et une volonté grandissante de servir le jeu plutôt que la compétition. Seules deux recrues se joignent à la ligue cette année, mais des recrues de calibre! Chez les Bleus, Guy Jodoin reprend le chandail qu’il a porté à la saison de 1999, tandis que la jeune Pascale Renaud-Hébert, qu’on a pu voir au National d’impro 2017, trouve sa place chez les Jaunes.

L’honneur de chanter le premier hymne national de la saison est revenu à l’ancien joueur et membre du Temple de la renommée Michel Rivard. Le chanteur, dont la célèbre citation « Les jeunes, lâchez la drogue pis improvisez! » orne le t-shirt officiel de la LNI cette année (design de MC Marquis), a livré une performance de calibre pour lancer la 40e saison de la LNI.

L’improvisation mixte au titre fort à propos, La date, a ouvert le match. Delphine Bienvenu, dont il s’agit de la première saison en tant qu’entraîneuse, et Christian Laurence ont tous deux choisi d’envoyer leurs recrues au front dans une histoire décalée mariant Molière, Fort Lauderdale et baloney. L’improvisation ne brillait pas par sa pertinence, mais elle a permis de casser la glace pour la suite de cette première période en dents de scie, marquée par deux punitions. Alors que les Bleus ont rapidement pris les devants au pointage, les deux équipes nous ont offert quelques moments inspirés, notamment dans la comparée L’homme qui voulait savoir, à la manière d’un plagiat éhonté d’une œuvre au choix des joueurs. Les Jaunes ont opté pour un pastiche réunissant plusieurs classiques, de Roméo et Juliette au Petit Chaperon rouge en passant par Zorro, Star Wars et Brokeback Mountain. Les Bleus ont pour leur part servi un plagiat de District 31 qui a beaucoup fait rire le public.

Après cette première période où la nervosité des joueurs transparaissait dans des propositions plutôt prudentes, Bleus et Jaunes ont semble-t-il voulu prendre plus de risques au retour de la pause, avec notamment l’étonnante mixte, à un joueur par équipe, Ma nuit chez Francine. En 10 minutes, les improvisatrices Amélie Geoffroy (Bleus) et Diane Lefrançois (Jaunes) ont mis en place un couple en crise, mariant habilement l’humour, la tristesse et même les tours de chant. « Mon cœur est une porte tournante… » On tient le titre d’une bonne ballade! Il y a eu une belle intégration des ponctuations musicales, par le toujours très à-propos Éric Desranleau. Point aux Jaunes.

La suite de la période a vu un chien (Réal Bossé) et un camelot (Barbusci) développer une relation complexe et un homme en crise (Guy Jodoin) s’adresser au public dans l’espoir de comprendre comment un homme peut encore cruiser à l’ère du #metoo. Interrompue par la sirène marquant la fin de la période, la proposition des Jaunes pour la même impro (Brut ou doux) s’est poursuivie en début de troisième, mais n’a pas été à la hauteur pour battre la prestation de Jodoin pour son équipe. Les Bleus ont ainsi pu briser l’égalité. 4 à 3 pour les Bleus.

En troisième période, les Jaunes ont tenté de reprendre le contrôle du match et y ont presque réussi, marquant le coup avec la comparée Frais cachée, où LeLouis Courchesne plongeait dans les méandres du service à la clientèle de Bell. Mais c’est véritablement dans la dernière improvisation du match, la mixte Quatre polaroïds sombres et troublants, que les joueurs des deux équipes ont montré la mesure de leur talent. En douze minutes, les joueurs Marie-Ève Morency (Bleus) et Réal Bossé (Jaunes) ont construit une ambiance de film noir avec l’aide du musicien. Une sombre histoire de meurtre dans un gym, à laquelle sont venus se greffer les autres joueurs, Courchesne pour incarner le mari violent, Barbusci le joueur de saxophone, Renaud-Hébert l’amie de la femme au rasoir… La solide structure de l’impro a permis de nombreux bonds dans le temps et un développement pertinent des personnages.

Les Bleus ont remporté ce premier match de la Coupe Charade 2018 par la marque de 5-4.

Étoiles de la rencontre

Étoile bleue : Guy Jodoin
Étoile jaune : Diane Lefrançois
Mention Antidote : Frédéric Barbusci

Crédit photos : Daphné Bathalon

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A propos Daphné Bathalon

Diplômée de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil critique et dramaturgie), Daphné Bathalon a été mise en contact tout au long de ses études avec divers types de spectacles vivants. Elle a ainsi pu explorer plusieurs facettes de la représentation. Plus particulièrement intéressée par le théâtre pour enfants, le cirque, l’improvisation et tout objet théâtral explorant la richesse de langue française et des arts visuels, Daphné souffre également de ce qu’on pourrait appeler un appétit insatiable pour les créations éclatées et le théâtre shakespearien (aucun lien!). Critique pour MonThéâtre depuis 2008, Daphné a aussi publié quelques textes dans la revue Jeu. Depuis quelques années, sa couverture théâtrale pour MonThéâtre s’est étendue aux festivals de théâtre à Montréal et à l’étranger. Elle est devenue membre de l’Association des critiques de théâtre du Québec en 2011.