À la rencontre de l’art clownesque

par | 12 mai 2013

Par Daphné Bathalon

– Critique de Clip, présenté lors du festival Petits Bonheurs www.petitsbonheurs.ca

Si l’on se fie aux frimousses réjouies des enfants réunis dans l’auditorium Henri-Teuscher du Jardin botanique, ce samedi après-midi de mai, l’art clownesque n’a perdu ni de son attrait ni de son actualité. Présenté à l’occasion de Petits Bonheurs, le Clip proposé par le Centre de recherches en art clownesque a en effet de quoi enchanter les jeunes coeurs, et même ceux des adultes.

Clip

© Louis Chevalier Dagenais

Dans un théâtre se tiendra sous peu une grande conférence internationale sur l’art du cirque. Un employé s’affaire à habiller la scène, à installer le podium et le matériel de captation vidéo et sonore, mais, malgré toutes ses bonnes intentions, il multiplie les maladresses. Il pose précisément les gestes que les parents déconseillent ou interdisent à leurs enfants, au grand plaisir de ceux-ci! Il joue avec un escabeau, ses lacets de souliers traînent par terre, il se suspend aux rideaux pour jouer, il s’amuse avec la poubelle… Les enfants se reconnaissent dans sa gaucherie.

Ce sympathique clown nous conquit en quelques instants. Le sourire apparu sur nos lèvres dès ses premières gaffes ne nous quitte pas avant la fin du spectacle. Il faut dire que Philippe Trépanier maîtrise parfaitement son art. Dans ce premier solo clownesque créé en 2010, il dose avec doigté la maladresse et le charme de son personnage. Avec à peine quelques accessoires, des boîtes, une table haute, des rideaux ou un escabeau, l’artiste déclenche des rires en cascade chez son public. Il ne s’épargne aucun coup sur la tête ou au visage, démolit une partie de son décor et s’offre même un petit numéro de claquettes : un véritable feu roulant de gags physiques et visuels fort bien exécutés. Très à l’aise sur scène, Trépanier cabotine également avec le public, se permettant même de rire de la tête ou des réactions de certains adultes dans des échanges dynamiques. Les parents se prêtent d’ailleurs volontiers au jeu.

La jolie mise en scène d’Yves Dagenais navigue avec aisance entre les grimaces et les pirouettes destinées aux enfants et les clins d’oeil décochés aux adultes. Elles sont parfois plus subtiles (Shakespeare, Charlie Chaplin et même la musique de Star Wars s’invitent dans le spectacle) et parfois moins… Ainsi, l’insistance du personnage à draguer le public devient un peu lourde vers la fin de la représentation, quoiqu’elle fasse rigoler les enfants. Son charme fou fait néanmoins qu’on lui pardonne tout.

Pantomime, jonglerie au diabolo, ombres chinoises, jeux de caméra, beatbox : en cinquante minutes, Clip présente les différentes « armes comiques » dont disposent les clowns pour illuminer d’un peu de fantaisie l’univers quotidien. Ici, la technologie s’allie aux bons vieux coups sur la tête pour créer des moments terriblement drôles. Tandis que les plus jeunes s’émerveillent de voir jusqu’où la maladresse de ce personnage le mènera, les adultes anticipent les catastrophes inévitables avec tout autant d’amusement. On passe un très agréable moment!

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Daphné Bathalon

A propos Daphné Bathalon

Diplômée de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil critique et dramaturgie), Daphné Bathalon a été mise en contact tout au long de ses études avec divers types de spectacles vivants. Elle a ainsi pu explorer plusieurs facettes de la représentation. Plus particulièrement intéressée par le théâtre pour enfants, le cirque, l’improvisation et tout objet théâtral explorant la richesse de langue française et des arts visuels, Daphné souffre également de ce qu’on pourrait appeler un appétit insatiable pour les créations éclatées et le théâtre shakespearien (aucun lien!). Critique pour MonThéâtre depuis 2008, Daphné a aussi publié quelques textes dans la revue Jeu. Depuis quelques années, sa couverture théâtrale pour MonThéâtre s’est étendue aux festivals de théâtre à Montréal et à l’étranger. Elle est devenue membre de l’Association des critiques de théâtre du Québec en 2011.