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Urban Tales - Twelve Days of Christmas
Du 5 au 15 décembre 2018

La tradition des contes du temps des Fêtes se poursuivra avec la douzième édition de URBAN TALES, qui offrira des histoires faisant fi des conventions et surtout des traditions, écrites et racontées par des artistes de Montréal, et mises en scène par l’homme aux multiples talents et ancien auteur en résidence du Théâtre Centaur, Harry Standjofski. Le thème de cette année est Les 12 jours de Noël, et il promet d’être emballant, en l’honneur du 50e anniversaire. En collaboration avec Théâtre Urbi et Orbi.


 

Texte - plusieurs auteurs
Mise en scène Harry Standjofski


Crédits supplémentaires et autres informations

 

Série Brave New Looks

Une présentation du Centaur Theatre, en collaboration avec Théâtre Urbi et Orbi.


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Critique disponible
            
Critique

Quand décembre revient, la scène urbaine déploie sa programmation du temps des Fêtes : Casse-Noisette, Décembre de Québecissime, Foirées montréalaises, Noël symphonique ou les Revue et corrigée, autant de spectacles pour stimuler la magie Noël. En marge de cet agenda traditionnel, les Urban Tales débarquent au Théâtre Centaur pour une 12e édition, question de « rebrasser » le folklore des Fêtes, voire de le malmener un peu. Cette année, le dénominateur commun des contes : FEATHERS – 12 DAYS OF CHRISTMAS SPUN FROM A SILLY SONG (Plumes – Les 12 jours de Noël issus d’une chanson frivole).


Harry Standjofsky


Alarey Alsip


Laurent Pitre


Danette MacKay - Crédit photos : Yvan Bienvenue

La soirée, dirigée par Harry Standjofsky, enfile six récits qui se suivent et se ressemblent par leur sombre délire. Ici, le drame côtoie l’humour subtil, les rires gras et un furieux sens du « racontage ».

Afin de bien nous plonger dans le thème, Standjofsky gratte frénétiquement l’air populaire de Noël Twelve Days of Christmas. Éclairage tamisé, sapin suspendu à l’envers au plafond, horrible perdrix en plastique sous un poirier (a partridge in a pear tree) rappelant les paroles de la chanson-thème, anges, oiseaux et autres créatures à plumes disposées çà et là autour de la scène : l’ambiance est installée. S’enchaînent ensuite les performances, toutes très réussies.

C’est le maestro lui-même qui lance les festivités glauques avec un court récit sur la rencontre de deux êtres malmenés par la vie, de la trempe de ceux sur qui on se défoule toujours : un homme maudissant son existence merdique et un ange maltraité dont la mission est de faire du bien autour de lui en laissant derrière lui quelques plumes en gage d’amour. Si l’ange perd de son plumage au passage, il arrive à insuffler un peu de vitalité et d’espoir à son alter ego… et au public, charmé par ce joli conte métaphorique.

Le deuxième conte, The Women’s Christmas, écrit par L.M. Leonard, est habilement interprété par Danette MacKay dans la peau d’une femme membre d’un groupe de survivantes du cancer du sein qui nous parle de sa rencontre avec sa voisine, membre du même groupe, une certaine Tatoo Sue, qui transformera sa perception d’elle-même et qui l’aidera à se dévoiler. Outre le passage très touchant entre les deux survivantes, la narration du souper de Noël familial à la sauce portoricaine est hilarante. Habile et désopilante, MacKay écorche toute sa famille au passage, surtout sa mère démente et extrêmement vulgaire.

Les événements du troisième conte, A Christmas Caroler, ne tourneront pas si bien, loin de là. Écrite et incarnée par Laurent Pitre, l’histoire de l’orphelin de Westmount qui déteste Noël, les gens et surtout les « carollers », les chanteurs de Noël, est résolument plus sinistre et sanguinaire, mais divertit beaucoup. Dès les premières secondes, on est captivé par l’étrange énergie du conteur cynique qui se bidonne en nous racontant sa haine de ces individus trop joyeux qui viennent sonner inlassablement à sa porte, troublant à tous coups sa quiétude. Le dernier qui a osé le déranger a connu une fin atroce.

La soirée, dirigée par Harry Standjofsky, enfile six récits qui se suivent et se ressemblent par leur sombre délire. Ici, le drame côtoie l’humour subtil, les rires gras et un furieux sens du « racontage ».

Après l’entracte, le public, repu de lait de poule, se régale d’une deuxième prestation de Danette MacKay. En chanteuse ivre affublée d’une robe verte à paillettes, l’interprète rend un hommage assez particulier à sa famille dysfonctionnelle et pathétique. L’affreuse chanson qu’elle entonne en faussant béatement fait crouler de rire.

Dans le quatrième conte, Laurent Pitre incarne la Grande Faucheuse. De noir vêtu, le teint blafard accentué par un éclairage blanc, l’interprète raconte la virée montréalaise de trois soldats avant leur détachement en Afghanistan. En cette douce nuit où les épais flocons tombent avec la légèreté volante de plumes, le hasard mettra sur leur route un poète français dont les mots, véritable onguent, rappellent aux futurs combattants un bec de maman sur le bobo, moment tout doux de leur enfance, à des années-lumière du destin cruel qui les attend à Kandahar. En fin et habile conteur, Pitre bascule du cynisme à la tendresse et manipule subtilement son public captif qui, un instant rit à gorge déployée et l’autre, a la gorge nouée.

Dans l’avant-dernier conte, Motherless Milk, Alarey Alsip nous fait revivre un pan très sombre de son adolescence. On est émus, voire choqués, du parcours d’une ballerine qui passe de souris, à petit rat, puis de fée à Clara, rôle tant convoité… mais à quel prix? Qui a bien pu te faire ça? Ce n’est pas grave maman. Ce n’est plus grave maintenant! La finale est d’une telle puissance et est particulièrement troublante. Le conte laisse quelques traces… comme des plumes volées sur le tutu de la jeune Clara.

En fin de programme, Harry Standjofsky place au cœur de son conte un homme qui nous fait revivre sa (très) mauvaise semaine de Noël, chaque jour apportant son lot de malheurs. Plus le récit avance, pire sera sa situation. Mais le pauvre s’en remettra. Ponctué de drames monstrueux tirés des pages des faits divers, le texte seven last words de Standjofsky est riche, intelligent, sensible et drôle. Les logorrhées verbales de l’auteur-conteur sont captivantes, jamais ennuyantes. On l’écouterait des heures. Chapeau !

Avec son édition 2018 des Urban Tales, le théâtre Centaur réussit à mettre en scène six interprètes qui se sont tous bien approprié le conte qui leur était confié.  On passe une excellente soirée riche en rebondissements et en émotions. La table est mise pour le temps des Fêtes.

11-12-2018
 
Centaur Theatre
453, St-François-Xavier
Box office : 514-288-3161

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